Je marche dans les rues de la plus belle ville que j'ai eu le plaisir de visiter. Je marche seul sur le chemin que tant d'autres ont emprunté avant moi. Je me dis que les Champs ne pouvaient pas être plus beaux, je suis un privilégié. Mon stage a déjà débuté depuis deux mois déjà, et déjà mon ressentiment contre la vie cruelle qui m'empêche de profiter des belles plages de mon pays a disparu. A présent, je me tiens prêt à vivre ma vie, « carpe diem », au jour le jour. Je repense aux paroles de la chanson du groupe « Greenday », je marche seul sur le chemin des rêves brisés.
Aujourd'hui, la calendrier grégorien me fête et je me sens maître de cette journée. Je me persuade d'être le centre du monde, et l'espace d'un instant je le suis. En ce moment, rien n'est plus important que mon bien être. Après quelques secondes, je me prends d'un vertige familier. Ce vertige-là dont je souffre à chaque fois que je me retrouve au milieu d'une foule, sur le sommet d'une colline ou d'une montagne, en contre bas d'une route pentue ou encore devant un paysage édénique. Un voyage au bout du monde en quelques millièmes de seconde et un retour tout aussi brusque dans mon corps. Le centre du monde ? Mais le monde est tellement vaste, tellement peuplé... Je marque une pause et j'essaye de recouvrer mes esprits. Je suis bouleversé un court instant, la sensation de vide se dissipe peut à peu, laissant place à une chute consciente dans les tréfonds de mon âme. Ces moments où l'on croit percevoir les lois qui régissent ce monde, toutes nos querelles de pauvres mortels s'évanouissent devant la grandeur de la nature qui nous porte en son sein.
« Ces gens pensent comme moi, ces gens vivent comme moi. Tant de rires, tant de larmes. Tant de frissonnements, tant de chairs de poules. Les commérages n'ont jamais été aussi futiles, les blessures aussi pansées. Un sentiment de colère monte en moi, le sentiment d'avoir été berné toute ma vie, de n'avoir rien compris à la vie. »
Les secondes s'écoulent plus doucement maintenant. Je reprends conscience du monde qui m'entoure. Je balaye d'un geste de la tête les cendres d'idées carbonisées par cet éclair, en me disant qu'il faudrait que j'arrête de me mettre dans ces états là. Je réajuste mon sac sur mon dos, prend cet air désabusé de celui que tout ennuie, et je me remets en marche, persuadé que Dieu existe.