Alors, que pensez-vous sincèrement des élections ? Moi j'ai été un peu perdu... récapitulons les choses :
-- Fouad Ali Himma démissionne d'un des postes les plus influents du royaume pour se présenter en tant que député, déjà que quelqu'un (n'importe qui) puisse avoir le culot (le courage) de poser une lettre de démission à un boss dont la personne est la chose la plus sacrée d'un pays, je dis bravo, ou alors je cris à la conspiration (serait-ce ces put.. de sionistes qui remettent ça ?).
-- Le PJD, donné largement vainqueur de ces élections par tous les sondages, nationaux et internationaux, finit (a priori) dans l'opposition, je dis bravo au peuple, ou je cris à la manipulation.
-- Des nouvellement élus députés (père et fils Reffouch à Marrakech) analphabètes qui donnent des interviews sur 2M pour commenter leurs succès, je dis vive les chaines publiques qui donnent la parole aux vrais gens du peuple, ou je cris, non je pleurs.
-- Last but not least, un premier ministre, secrétaire général du parti arrivé premier aux élections, nommé démocratiquement, ex-ministre sans portefeuille (CAD un ministre sans aucun rôle mais avec le salaire qui va avec), qui a été élu secrétaire de son parti après une scène pathétique où il fond en larmes devant tous les sympathisants, et qui remet au pouvoir la plus grande hypocrisie et la plus grande arnaque de l'histoire de la politique marocaine j'ai nommé la Koutla, je dis vive la démocratie, ou alors je cris très très fort : « Arrêtez de nous prendre pour des c... ».
Décortiquons ces quatre points je pense que ça serait déjà bien, non ?
-- Il faut savoir déjà que Mr El Himma s'est présenté en candidat libre à Rhamna, son petit bled natal. Dans cette circonscription rurale, il remporte 3 sièges, lui en tête, son oncle en deuxième et la fille d'un ancien Caid local, le Caid el Ayadi, en 3e. Pour que vous vous rendiez compte du système électoral marocain, dit au plus fort reste voilà une petite explication.
Pour bien comprendre
Exemple : Soit une circonscription de 500.000 habitants, comptant 250.000 électeurs inscrits dont 200.000 ont voté.
5 sièges sont à pouvoir. 4 listes sont en concurrences. Liste A, liste B, liste C et liste D.
1. La répartition des sièges se fera entre les listes A, B et C.
La liste D n'ayant pas atteint le seuil des 6 %, n'aura donc aucun député.
2. Le calcul du quotient électoral :
(100 000 + 60 000 + 30.000 = 190 000) 5 = 38.000
3. Répartition des sièges entre les 3 listes A, B et C.
Première étape :
Avec 100.000 suffrages, la liste B aura 1 député.
Avec 60.000 suffrages, la liste B aura 1 député.
Avec 30.000 suffrages, la liste C n'a pas à cette étape de député (moins de 38.000).
Il reste encore deux sièges à pouvoir.
Deuxième étape : Les deux sièges restants à pouvoir seront attribués aux listes concernées en fonction des restes des suffrages leur revenant, et suivant la règle du plus fort reste.
Détermination des restes :
Liste A : reste 100.000 – (2 x 38.000) = 24.000
1. Liste B : reste 60.000 – (1 x 38.000) = 22.000
2. Liste C : reste 30.000 – (0 x 38.000) = 30.000
Par conséquent :
La liste C aura 1 député (avec 30.000 , la liste C a le plus fort reste).
La liste A aura 1 député de plus (avec 24.000, la liste A a le second plus fort reste).
Les deux sièges restants étant distribués, la liste B n'aura donc pas de député supplémentaire.
Voilà qui devrait garantir la non-apparition d'une majorité claire. Pourtant, Mr El Himma rafle tous les sièges de sa circonscription. Soit plus de 70% des voix .... ?! Sans commentaires. Appelés aussi l'envoyé de Sidna, je vous laisse méditer sur la connotation forte de ce fait divers qui aurait put passer inaperçu. Pas d'accusations de fraude, seulement une population obnubilée par un tel personnage, peut-être pour ses qualités de politicien, sûrement pour son statut non avouée de l'envoyé, du messie. Mais, que pensez-vous de cette man½uvre, extrêmement habile mais pas du tout discrète de faire élire démocratiquement un proche du palais au parlement... ? Pour cela il faut revenir aux élections de 2002, année où Sa Majesté a été fortement critiquée pour avoir propulsé au poste de premier ministre un homme, Driss Jettou, qui n'a aucune légitimité démocratique. Al Himma, premier ministre ? Seulement si les sondages se confirment. En effet, le roi voulant contrer le PJD, il décide de se défaire d'un des hommes les plus influents de son régime, et de le faire élire par le peuple, ce qui lui donnerait cette crédibilité qui ferait de lui « premier ministrable ». Le résultat nous le connaissons tous, grosse déception du PJD, donc plus besoin de ce subterfuge, et El Himma se retrouve simple parlementaire. Il va y a voir su sport...
-- Mais pourquoi le PJD n'a pas été le premier parti du Maroc, alors que même « lmirikane » le donnait vainqueur. Je vous renvoie à l'explication du système électoral marocain. La faille, largement exploitée par l'intérieur, est dans le découpage des circonscriptions. En effet, les circonscriptions ont été redessinées juste avant les élections, et celles où le PJD a été donné largement vainqueur ont été divisées en plusieurs petites circonscriptions. Le PJD se retrouve avec au plus un siège par circonscription, en deçà des prévisions. Admirez la faculté des marocains pour « lkoualeb ». éternels ces marocains...
-- Ces marocains qui votent plus pour la personne que pour le parti. Ces mêmes partis qui donnent la tête de leur liste à des vieux analphabètes, et même à des jeunes analphabètes. « Mahzala », cette interview de messire Reffouch, père, et le lendemain du fils, sur l'antenne de 2 M. Alors, où commencer ? se demander comment ils vont faire pour lire les traditionnelles questions au gouvernement ? ou alors se demander s'ils comprennent vraiment des questions aussi compliquées que le budget voté par le parlement pour l'état, ou des question aussi profonde que la législation sur les droits de la femme ? Bref, j'espère juste que leur prétendue honnêteté leur servira à quelque chose, ainsi que leurs métiers d'artisanat de « Jellij ».
-- Enfin, ce qui normalement devrait être le fait marquant de ces élections, n'a été finalement que d'un court suspens dont la finalité n'étonne personne. « Plus royaliste que le roi », était-ce Voltaire qui utilisa cette phrase pour décrire ceux qui défendent des pouvoirs plus que les propriétaires mêmes de ces pouvoirs. Abbas el Fassi en fait partie. La preuve, un ministre sans portefeuille n'est qu'un mendiant, qui n'a ni dignité ni sens de la responsabilité. Pas de boulot pas de salaire ? ce n'est valable que pour les pauvres. Pour les ministres c'est plus que toléré, vu que ces personnes là se voient promus quelques années après. Mais, le scandale c'est cette fameuse Koutla. Pour simplifier, quelques partis politiques se sont rassemblés et se sont jurés fidélité pour construire une majorité à jamais. Tant mieux vous me direz, ensemble ils ne peuvent être que plus forts, mais le problème est que je ne vois toujours pas comment deux partis censés être aussi incompatibles que l'Istiqlal conservateur de droite, et l'USFP parti de gauche dont la tradition opposante au régime n'est plus à faire, peuvent gouverner ensemble. Une main divine s'est elle défoulée sur l'échiquier politique ? Ou sommes-nous juste incapable de reconnaître notre main droite de l'autre droite ? Bref, soyons sport, pas de fraudes a priori, des élections transparentes, et de toutes les manières, avec 37% de taux de participation, je pense que nous n'avons qu'à tenir notre statut de majorité silencieuse, et nous TAIRE...
Méditons seulement cette citation, et rendons hommage au génie marocain pour la politique...
En démocratie, la politique est l'art de supprimer les mécontentements.